28 Jun
28Jun

Samedi 20 juin, j'ai passé une magnifique soirée parisienne dans un lieu également magnifique et si cher à mon cœur : l'opéra Garnier

En attendant que le spectacle commence, le plafond de Chagall, dont je ne me lasse pas !

Le Chœur et l'Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble m'y ont fait découvrir une œuvre méconnue de mes oreilles : Alceste, un opéra composé en 1767 par Christoph Willibald Gluck et créé à Paris en version française en 1776.

Ce Monsieur a même sa statue dans le hall de l'opéra : grande classe ! (photo : ars-classical.com)

Même si ce soir-là, nous en étions quand même à la 391ème représentation à Paris (et 12ème dans cette mise en scène d'Olivier Py), je doute fort que le livret  soit connu sur le bout des doigts de tous ceux qui liront ce billet, c'est pourquoi je me permets de vous en raconter brièvement le synopsis.

Non, il ne s'agit pas ici d'une aventure d'Alceste, le meilleur copain du Petit Nicolas de Sempé, vous savez, celui qui est gros car il mange tout le temps, mais celle d'une reine héroïque qui se sacrifie pour sauver son mari Admète, le roi de Phères en Thessalie. C'est tout bonnement pour ça que Gluck en a fait une tragédie lyrique plutôt qu'une œuvre de littérature jeunesse humoristique.

Donc, au premier acte, le roi Admète est mourant (sans qu'aucun espoir ne soit permis), ce qui rend très triste tout son peuple (notez qu'il n'y a bien que dans les histoires que chaque habitant d'un royaume plébiscite son souverain) et surtout son épouse Alceste, qui ne peut définitivement pas se résoudre à vivre sans lui.
Cette dernière sollicite donc les dieux, prête à offrir un sacrifice pour éviter la mort de sa moitié. Les dieux l'entendent (notez encore une fois qu'il n'y a bien que dans les histoires que les dieux entendent et répondent à tous les coups) et annoncent par la voix d'un oracle qu'Admète sera sauvé si quelqu'un sacrifie sa vie à sa place.
Et là, et bien personne ne se bouscule au portillon pour sauver le roi. (Comme quoi, on peut admirer son roi et avoir suffisamment de lucidité pour que cette adulation n'aille pas jusqu'à y laisser sa peau, si misérable soit-elle). Alceste comprend alors qu'elle est la seule personne prête à accepter la décision des dieux, sans d'ailleurs considérer une seule seconde cet acte comme un sacrifice, vu qu'elle n'imagine pas vivre sans lui (comme quoi, parfois, la vie est bien faite !).

Au deuxième acte, les dieux ont tenu parole (encore une fois, c'est une histoire...) et voilà Admète guéri qui retrouve son peuple en liesse (définitivement plus prompt à faire la fête qu'à se sacrifier). Et quand il ose demander par quel miracle il a recouvré la vie, l'affreux sacrifice lui est alors révélé, enfin une partie car on se garde bien de lui dire qui va mourir pour lui. Et comme c'est un bon roi, il refuse d'accepter ce quelconque sacrifice, fusse-t-il par le dernier de ses administrés.
Alceste arrive alors l'air préoccupée (vous m'étonnez, quand on sait ce qui l'attend...) et finit par avouer à son mari que c'est elle qui s'est sacrifiée, ce qui horrifie littéralement Admète, qui lui non plus ne pouvant vivre sans son épouse, décide alors de demander aux dieux d'accéder à son funeste destin initial...

Au troisième (et, je vous rassure, le dernier) acte, le peuple se lamente de nouveau face à l'imminence de la mort de ses deux souverains (d'une manière générale, le peuple se lamente beaucoup à l'opéra, c'est même une de ses principales fonctions).
Arrive alors Hercule, réjoui de fêter avec son ami Admète l'achèvement de ses 12 travaux. Face à l'ambiance générale, il comprend très vite (car c'est un héros très perspicace), que quelque chose de grave se trame et se révolte quand il apprend le sort des deux souverains.
Pendant ce temps, Alceste, à l'entrée des Enfers, implore les Dieux d'accélérer son trépas. Surgit alors Admète, la suppliant de renoncer à son sacrifice. Mais les Dieux les rappellent à l'ordre en leur demandant de choisir entre l'un des deux. Cruel dilemme...
Et là, crac, ému par le sort de ses deux amis, Hercule oblige les Dieux (qui ne peuvent rien lui refuser parce qu'il est le fils du big boss Jupiter) à revenir sur leur décision. Symboles de la force de l'amour conjugal, Alceste et Admète sont sauvés, ce qui donne l'occasion au peuple une fois encore de se réjouir de cette fin heureuse.

Décor à la craie installé pour le début du troisième acte (on reconnait Alceste aux portes des Enfers)

Voilà, voilà. Émouvant, non ?

Comme toute tragédie lyrique baroque qui se respecte, les différents personnages mettent beaucoup plus de temps à se lamenter et à mourir qu'à se réjouir et faire la fête. Mais cela ne revêt que très peu d'importance car, il faut bien l'avouer, au 18éme siècle, la musique prenait le pas sur l'intrigue et les dialogues, fussent-ils bien écrits (dans un langage plus très usité de nos jours mais qui ne fait pas de mal à entendre une fois de temps en temps).

Et d'ailleurs, ces dialogues sont magnifiquement chantés par le chœur et les solistes (Véronique Gens, Stéphane Degout et Stanislas de Barbeyrac notamment, excusez du peu). La prononciation de tous ces protagonistes est parfaite, rendant le sous-titrage quasi superflu, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.


Tout ce petit monde est également très bien accompagné par les musiciens de l'orchestre, avec notamment de très beaux passages chez les vents (flûtes, bassons et bien évidemment les hautbois (baroques) qui ont une partie de choix)!

Et Gluck, il savait écrire de la belle musique... alors, bien jouée...

Un opéra en version scénique, ce sont aussi des décors et des costumes. Le parti pris d'Olivier Py : noir et blanc, du sol au plafond et de la tête au pied. Originalité extrêmement réussie : le décor est  créé,  en direct tout au long de la représentation,  à la craie blanche sur d'immenses panneaux noirs en mouvement perpétuel, par cinq dessinateurs de génie, coordonnés non seulement entre eux mais également avec la musique.

Pendant que l'orchestre s'installe et s'accorde, les décorateurs s'activent pour représenter à la craie la façade de l'opéra


Pendant l'entracte, entre les deuxième et troisième actes, l'orchestre déménage pour s'installer au milieu de la scène (ça non plus, ce n'est pas très courant à l'opéra).
La fosse d'orchestre devient ainsi les profondeurs des Enfers (avec plein de fumée pour les rendre encore plus effrayants) et l'avant-scène, l'entrée desdits Enfers, où se passe l'action.
Impressionnant, non ?

Donc pour résumer, très beau spectacle où tous les artistes et techniciens excellent, chacun dans son rôle ! C'est jusqu'au 15 juillet, alors s'il reste quelques places, courez-y !!

Comme dirait Tex Avery : That's all folks !!!

Anne

NB : toutes les photos (hormis la statue de Gluck) ont été prises  en dehors de la représentation (avant le début du spectacle, pendant l'entracte et le dernier salut).

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